dimanche 18 mai 2008
Arthur Rimbaud Sensation
Par Claude SARFATI, dimanche 18 mai 2008 à 15:05 :: Poésie
Par Jean-Louis Aubert
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dimanche 18 mai 2008
Par Claude SARFATI, dimanche 18 mai 2008 à 15:05 :: Poésie
Par Jean-Louis Aubert
Par Claude SARFATI, dimanche 18 mai 2008 à 13:49 :: Poésie

Première lettre dite "du voyant"
À Georges Izambard ; 27, rue de l'Abbaye-des-Champs, à Douai (Nord)
Charleville, 13 mai 1871.
Cher Monsieur
Vous revoilà professeur. On se doit à la Société, m'avez-vous dit; vous faites partie des corps enseignants : vous roulez dans la bonne ornière. - Moi aussi, je suis le principe : je me fais cyniquement entretenir;
je déterre d'anciens imbéciles de collège : tout ce que je puis inventer de bête, de sale, de mauvais, en action et en parole, je le leur livre : on me paie en bocks et en filles. Stat mater dolorosa, dum pendet filius.
- Je me dois à la Société, c'est juste, - et j'ai raison. - Vous aussi, vous avez raison, pour aujourd'hui.
Au fond, vous ne voyez en votre principe que poésie subjective: votre obstination à regagner le râtelier universitaire, - pardon! - le prouve ! Mais vous finirez toujours comme un satisfait qui n'a rien fait, n'ayant voulu rien faire.
Sans compter que votre poésie subjective sera toujours horriblement fadasse. Un jour, j'espère, - bien d'autres espèrent la même chose, - je verrai dans votre principe la poésie objective, je la verrai plus sincèrement que vous ne le feriez!
- Je serai un travailleur : c'est l'idée qui me retient, quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris - où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris! Travailler maintenant, jamais, jamais ; je suis en grève.
Maintenant, je m'encrapule le plus possible. Pourquoi? Je veux être poëte, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer.
Il s'agit d'arriver à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poëte, et je me suis reconnu poëte. Ce n'est pas du tout ma faute.
C'est faux de dire : Je pense : on devrait dire : On me pense. - Pardon du jeu de mots.
JE est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu'ils ignorent tout à fait!
Vous n'êtes pas enseignant pour moi. Je vous donne ceci : est-ce de la satire, comme vous diriez? Est-ce de la poésie? C'est de la fantaisie, toujours.
- Mais, je vous en supplie, ne soulignez ni du crayon, ni trop de la pensée :
Le Coeur supplicié
Mon triste coeur bave à la poupe....
Mon coeur est plein de caporal !
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste coeur bave à la poupe...
Sous les quolibets de la troupe
Qui pousse un rire général,
Mon triste coeur bave à la poupe
Mon coeur est plein de caporal !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l'ont dépravé ;
A la vesprée, ils font des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques ;
Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon coeur, qu'il soit sauvé !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l'ont dépravé !
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô coeur volé ?
Ce seront des refrains bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques :
J'aurai des sursauts stomachiques
Si mon coeur triste est ravalé !
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô coeur volé ?
.............................
Ca ne veut pas rien dire. REPONDEZ-MOI : chez M. Deverrière, pour A. R. Bonjour de coeur,
ARTH. RIMBAUD

mercredi 14 mai 2008
Par Claude SARFATI, mercredi 14 mai 2008 à 23:41 :: Poésie
Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud naît à Charleville le 20 octobre 1854,
meurt à Marseille le 20 novembre 1891.
Les Poètes de sept ans
À M. P. Demeny.
Et la mère, fermant le livre du devoir,s'en allait satisfaite et très fière sans voir,
dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences,l'âme de son enfant livrée aux répugnances.
Tout le jour, il suait d'obéissance; très Intelligent; pourtant des tics noirs, quelques traits semblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies.
Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies,en passant il tirait la langue, les deux poings à l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Une porte s'ouvrait sur le soir : à la lampe on le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,sous un golfe de jour pendant du toit.
L'été surtout, vaincu, stupide, il était entêté à se renfermer dans la fraîcheur des latrines: Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet derrière la maison, en hiver, s'illunait, gisant au pied d'un mur, enterré dans la marne.
Et pour des visions écrasant son oeil darne, il écoutait grouiller les galeux espaliers.
Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers Qui, chétifs, fronts nus, oeil déteignant sur la joue,cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue Sous des habits puant la foire et tout vieillots, conversaient avec la douceur des idiots !
Et si, l'ayant surpris à des pitiés immondes,sa mère s'effrayait; les tendresses, profondes,
de l'enfant se jetaient sur cet étonnement. C'était bon. Elle avait le bleu regard, - qui ment !
À sept ans, il faisait des romans, sur la vie du grand désert, où luit la Liberté ravie,forêts, soleils, rios, savanes !
- Il s'aidait de journaux illustrés où, rouge, il regardait des Espagnoles rire et des Italiennes. Quand venait, l'oeil brun, folle, en robes d'indiennes,
- Huit ans, - la fille des ouvriers d'à côté,la petite brutale,et qu'elle avait sauté, Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses,Car elle ne portait jamais de pantalons;
- Et, par elle meurtri des poings et des talons,remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre. Il craignait les blafards dimanches de décembre,où, pommadé, sur un guéridon d'acajou, Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;Des rêves l'oppressaient, chaque nuit, dans l'alcôve.
Il n'aimait pas Dieu; mais les hommes, qu'au soir fauve,noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg Où les crieurs, en trois roulements de tambour, Font autour des édits rire et gronder les foules.
- Il rêvait la prairie amoureuse, où des houlesLumineuses, parfums sains, pubescences d'or,font leur remuement calme et prennent leur essor !
Et comme il savourait surtout les sombres choses, Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,Haute et bleue,âcrement prise d'humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées, de fleurs de chair aux bois sidérals déployées,vertige, écroulement, déroutes et pitié !
- Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, - seul et couché sur des pièces de toile écrue,
et pressentant violemment la voile !
A. R.26 mai 1871
Alors Léo?
mardi 15 janvier 2008
Par Claude SARFATI, mardi 15 janvier 2008 à 21:44 :: Poésie
L'âme adore nager. Pour nager on s'étend sur le ventre. L'âme se déboîte et s'en va. Elle s'en va en nageant. (Si votre âme s'en va quand vous êtes debout, ou assis, ou les genoux ployés, ou les coudes, pour chaque position corporelle différente l'âme partira avec une démarche et une forme différentes, c'est ce que j'établirai plus tard). On parle souvent de voler. Ce n'est pas ça. C'est nager qu'elle fait. Et elle nage comme les serpents et les anguilles, jamais autrement. Quantité de personnes ont ainsi une âme qui adore nager. On les appelle vulgairement des paresseux. Quand l'âme quitte le corps par le ventre pour nager, il se produit une telle libération de je ne sais quoi, c'est un abandon, une jouissance, un relâchement si intime... L'âme s'en va nager dans la cage de l'escalier ou dans la rue suivant la timidité ou l'audace de l'homme, car toujours elle garde un fil d'elle à lui, et si ce fil se rompait (il est parfois très ténu, mais c'est une force effroyable qu'il faudrait pour rompre le fil) ce serait terrible pour eux (pour elle et pour lui). Quand donc elle se trouve occupée à nager au loin, par ce simple fil qui lie l'homme à l'âme s'écoulent des volumes et des volumes d'une sorte de matière spirituelle, comme de la boue, comme du mercure, ou comme un gaz _ jouissance sans fin. C'est pourquoi le paresseux est indécrottable. Il ne changera jamais. C'est pourquoi aussi la paresse est la mère de tous les vices.
Car qu'est-ce qui est plus égoïste que la paresse?
Elle a des fondements que l'orgueil n'a pas.
Mais les gens s'acharnent sur les paresseux. Tandis qu'ils sont couchés, on les frappe, on leur jette de l'eau fraîche sur la tête, ils doivent vivement ramener leur âme. Ils vous regardent alors avec ce regard de haine, que l'on connaît bien, et qui se voit surtout chez les enfants.
Henri Michaux extrait de (Mes propriétés) 1929.
dimanche 6 janvier 2008
Par Claude SARFATI, dimanche 6 janvier 2008 à 16:54 :: Poésie
Extrait de L'espace du dedans, collection NRF, Gallimard.
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